Daronne
Chères lectrices, chers lecteurs,
La lettre du jour est un peu différente, plus personnelle, et j’ai l’intuition qu’elle parlera autant de vous qu’elle parle de moi.
Il se passe quand même un drôle de truc quand son enfant entre au collège : on devient « daronne ».
Jusque-là, j’avais vécu sereinement la transition à « parent d’élève » - un titre dans lequel je ne me reconnais pas, toujours celle qui pouffe au fond de la classe avec ses copines mamans, assises sur des chaises trop petites pendant les réunions de rentrée. (Je ne me reconnais pas dans ce titre, mais je vous avais déjà raconté qu’un de mes déguisements de soirée lycéenne avait été « maman d’école qui travaille et court partout ». C’est vraiment vrai, et cette photo l’illustre : les baskets permettaient à mon personnage de courir d’une activité à l’autre en jonglant avec ses dossiers de travail. Zinzin. Et étrangement prémonitoire.)
Parent d’élève, c’est une chose, mais depuis septembre, avec mon aîné en 6ème, c’est « daronne ». Il ne m’a jamais appelée comme ça, mais j’entends ce mot à chaque fois que je le dépose ou le récupère au collège : « je vais demander à ma daronne », « ma daronne a dit ». Daronne, c’est encore autre chose que « maman d’élève ».
En l’observant grandir, bien dans ses baskets à lui, je suis régulièrement émue en réalisant à quel point ces années sont intenses. Plus l’enfance, pas encore l’adolescence, l’âge le plus serein à vivre pour les parents paraît-il.
Je suis souvent saisie par cette question : comment est-ce possible d’avoir des souvenirs aussi précis et forts de cette période de sa vie, en même temps que son propre enfant la vit ? Comme si c’était hier, alors que pas vraiment. Certaines des relations les plus importantes de ma vie datent de cette époque, un peu avant, un peu après.
En même temps que mon cœur gonfle de joie à les voir vivre & devenir, sa sœur et lui, je chéris aussi cette période où je retrouve de l’espace. Du temps. De la liberté.
Celle de partir courir en les laissant un peu seuls à la maison. De passer deux heures à faire un puzzle ou des collages en perdant la notion du temps, parce que le repas peut attendre. De dire oui à encore plus d'opportunités qui nécessitent de voyager, de m’absenter.
Je redécouvre celle que je suis devenue ces dernières années, pas du tout la même et pas tout à fait différente non plus.
La coach qui peut structurer son offre sans être interrompue toutes les cinq minutes. La danseuse qui part en stage à l’étranger apprendre auprès d’un chorégraphe qu’elle admire. La personne qui lit pour le plaisir, pas juste des livres de parentalité ou de management. Celle qui écrit, qui crée, qui a des projets qui n'ont rien à voir avec son rôle de mère.
C’est là que je réalise, avec de plus en plus d’acuité, que nos différents rôles dans la vie se nourrissent, évoluent. Que choisir ses casquettes et les nourrir, toutes, est autant un privilège qu’une responsabilité.
Ce que je vis professionnellement nourrit la mère que je suis, et inversement. Je vois à quel point ce que nous faisons, les comportements que nous modélisons, a plus de poids que ce nous disons, mon mari et moi.
Normaliser le fait de s’échapper de temps en temps de la famille - pour se former, s’amuser, vivre.
Normaliser l’effort - parfois accompagné de récompense, de réussite, parfois de déception.
Montrer qu’une vie riche peut contenir du travail qui passionne, des projets personnels, des moments pour soi.
Je veux continuer à être qualifiée de « gênante » par mes enfants ("t'es gênante là maman", c'est ce que je récolte quand je dis ou fais quelque chose qui leur fait lever les yeux au ciel), parce que ça voudra dire que je suis vivante. Je veux continuer à saupoudrer la vie de « & », parce que c’est aussi exigeant par moments que la source de mes plus grandes satisfactions.
L’inspiration de cette lettre m’est venue en courant la semaine dernière – je me suis arrêtée plein de fois pour prendre des notes – et son timing est une coïncidence qui m’amuse : mon livre, En Équilibre (éditions Vuibert) est paru il y a un an tout pile. J’y explore justement cette multiplicité, ces aller-retours entre nos différents rôles. Cette idée que l'équilibre n'est pas un choix entre vie professionnelle et vie personnelle, mais une danse entre les deux. Que nos casquettes multiples s'enrichissent plutôt qu'elles ne s'excluent, et que l’équilibre – si on tient vraiment à employer ce mot-là pour parler de vie riche, remplie, aux multiples dimensions – n’est qu’une succession de déséquilibres rattrapés.
Cette lettre est aussi l'occasion de dire un grand merci à toutes celles et ceux qui l'ont acheté, lu, surligné, partagé, offert, qui ont pris le temps de m'écrire. Je suis heureuse, reconnaissante et fière de tous les échanges qu'il a créés avec vous, des opportunités de rencontres, des déclics qu'il a provoqués et que vous avez eu la générosité de partager avec moi.
Et il y a quelque chose qui a rendu la daronne sacrément fière ces dernières semaines : voir ma fille démarrer son propre livre, l'emmener partout avec elle, y compris au centre de loisirs, comme maman. Pour elle, le & est déjà une évidence.
Sincèrement,
Sandra
Notre prochaine interview dans RELIER sera le 7 mai de 11h à 12h30 en ligne. Nous y accueillerons Renaud Borderie, comédien, metteur en scène, expert en prise de parole et auteur de « Être ou ne pas être charismatique – 16 principes pour capter l'attention ». J'aime l'énergie de Renaud, son humour, son franc-parler, sa poésie aussi (les participant·es de Conscious Ambitions avaient d'ailleurs eu l'occasion de travailler avec lui sur la répartie !).
Le 7 mai, on parlera de présence, ce que le mot "charisme" veut vraiment dire quand on arrête d'en avoir peur, et ce que ça change, concrètement, quand on arrête de se forcer à occuper l'espace, parler fort, convaincre à tout prix, performer. Managers à l'aise ou non avec la prise de parole (officiellement l'une des grandes peurs humaines, vous n'êtes pas seuls), leaders de tous horizons : venez poser vos questions en direct à Renaud, et participer ensuite à l'atelier de mise en action du 29 mai.
La participation à RELIER coûte 90€ par mois (financement individuel). Vous pouvez tester un mois, vivre l'expérience, et décider ensuite. Plusieurs entreprises financent la participation de leurs managers, pour leur offrir un espace d'inspiration et de vraie connexion. Répondez simplement à cet email si vous voulez en savoir plus sur les modalités et la tarification.
Accompagner les transitions de vie
J’inaugure cette rubrique qui donne la parole à des personnes qui œuvrent à faire du travail un lieu qui tient compte de la Vie dans son ensemble. Cette semaine, c’est Blandine Defréville qui vous écrit, fondatrice de HüG Transitions de vie :
« HüG est né de mon histoire personnelle. J’ai perdu mon mari de façon très soudaine il y a un an. J’ai alors basculé dans un monde où, avant de se poser la question du soutien émotionnel, on est enseveli sous les démarches administratives et les décisions structurantes, à un moment où notre cerveau n’est physiologiquement plus capable de le gérer.
Cette expérience, aussi intime soit-elle, est pourtant très universelle. Il y a plus de 600 000 décès en France chaque année et 1 personne sur 2 déclare s’être sentie isolée après un décès. On se retrouve tous face aux mêmes phénomènes de démarches qui s’empilent et de délais qui ne tiennent pas compte du chagrin.
Concrètement, HüG est une application qui propose un service d’accompagnement complet après la perte d’un proche : contenus fiables, experts labellisés et une plateforme qui facilite vos démarches en mettant à disposition une checklist administrative claire et ultra-personnalisée, pour avancer un peu plus sereinement.
J’aimerais qu’au-delà du deuil, HüG puisse accompagner toutes les transitions de vie, tous ces moments où on cumule un lourd volet administratif et un lourd bagage émotionnel : divorce, maladie, naissance, … Ces moments qui ont un fort impact sur les personnes et sur les organisations. Pour tendre vers cette ambition, je suis aujourd’hui à la recherche d’investisseurs. Je vois cette recherche de fonds comme une chance : celle de s'entourer, dès le début, de gens qui comprennent que derrière un projet, il y a une histoire. Et que derrière cette histoire, il y a une vraie utilité.»
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Pour en savoir plus sur HüG, vous pouvez écrire à Blandine : blandine@hug-transitionsdevie.com