Toute la gamme

Chères lectrices, chers lecteurs,

La lettre que j’avais prévu de vous envoyer a été écrite vendredi dernier, soit la veille du 17 octobre. Face à la violence de cette journée, j’ai été bouleversée, comme vous certainement, et je n’ai pas pu vous envoyer la lettre que j’avais écrite initialement.

Je pensais qu’il fallait que je choisisse : écrire sur le sujet prévu initialement (une liste d’apprentissages de la soirée RELIER qui s’est tenue le 8 octobre, dans laquelle j’avais pris soin de ne pas entretenir un sentiment d’entre-soi, mais de partager au contraire des leçons qui me semblaient utiles à vous, mes lectrices et lecteurs) OU écrire sur ce que m’inspire l’état de la société française (avec cette vigilance que je ne suis pas commentatrice politique, et que vous n’avez pas signé pour lire ça ici).

Et puis je me suis rappelé ce symbole qui accompagne mon travail depuis le début – le & – et il m’a donné le fil de ce dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui.

Ces derniers mois, et plus particulièrement ces dernières semaines, j’ai entendu plusieurs personnes exprimer des variantes de « je me sens mal de ressentir de la joie, ça me semble presque indécent dans la période ». Vous le pensez, vous aussi ? Je comprends très bien ce sentiment et je m’oblige chaque jour à ne pas le laisser gagner. Il y a tant de raisons de s’indigner, d’être en colère, d’avoir peur, d’être ​hébété devant l’absurde​. Mais la perspective d’une société où la joie ne serait plus la bienvenue me terrifie.

Je pense souvent à une notion à laquelle on prête beaucoup d’attention quand on coache, celle de « range », que l’on pourrait traduire par gamme. Comme une gamme en musique : « un ensemble de sons, appelés degrés, formant le cadre dans lequel se forme une tonalité et se bâtit une œuvre musicale » (Wikipedia). Une gamme, pour un coach, c’est la capacité à faire appel à toute une palette d’attitudes, de qualités de présence et d’intervention (comme être encourageant, exigeant, soutenant, bousculant, parfois dans la même séance) au bénéfice du client. C’est une sorte de souplesse, agilité, qui permet d’adapter sa proposition au moment (vs à ce qui met le coach en confort, sa posture par défaut ou naturelle).

Je pense souvent à la gamme que la période exige de nous : pouvoir passer du désarroi, de la colère, de l’angoisse, à la joie, l’entrain, la motivation, en peu de temps. Nous avons besoin de toute la palette, et un des grands risques de la période actuelle, c’est l’éclipse de la joie.

Comme le disait une participante à un atelier que j’animais récemment sur le sentiment d’imposture, prendre du recul demande des ressources : au travail, on arrive mieux à balayer un commentaire, à remonter en selle après un obstacle, quand on a toutes ses capacités de discernement, quand on n’est pas trop fatigué·e, quand on se sent bien. On arrive mieux aussi à agir, à écouter et prendre soin des autres, à rester lucide et à se questionner, bien au-delà des murs du bureau.

Dans ce contexte, je pense beaucoup à ​notre échange dans RELIER avec Nina Fasciaux​, et à son travail sur ce que l’on choisit d’écouter, et donc de prendre en compte. Allez lire ​Mal Entendus​.

Je pense aussi au pouvoir que nous avons et que nous exerçons (souvent sans nous en rendre compte) dans les gestes du quotidien : se déplacer chez son commerçant (plutôt que de commander en un clic). Exercer notre esprit critique face à ce que nous décidons de lire, écouter, regarder. Choisir la manière dont on se comporte vis-à-vis des autres (même sous stress).

Tout cela me semble terriblement lié.

Je suis heureuse de recevoir le 6 novembre Clara Delétraz dans RELIER. Clara dirige le studio créatif COLLISIONS, dont la mission est de créer du sens collectif en reliant les mondes qui se parlent peu. (Ça vous rappelle quelque chose ?)

Depuis deux ans, elle enquête sur la polarisation. Nous vivons dans des bulles de personnes qui pensent comme nous, et à force de ne fréquenter que ceux qui nous donnent raison, nous finissons par ne plus savoir parler à ceux qui pensent autrement.

C’est un heureux hasard du calendrier – avec Clara, nous aborderons la question de la polarisation avec ce fil rouge ‘Comment se confronter sans s’affronter’. La polarisation est très visible dans la société, mais vous en apercevez sûrement les conséquences dans le contexte du travail aussi : une réunion où vous sentez que le sujet est miné, et où vous choisissez par conséquent de ne rien dire. Ou celle où vous avez dit ce que vous pensiez, et la discussion a viré au bras de fer.

Rejoignez-nous le 6 novembre de 11h à 12h30 pour poser vos questions à Clara, puis le 20 novembre pour l’atelier de mise en pratique dans vos réalités du quotidien.

Et pour conclure sur la joie, plutôt que d’éprouver de la gêne à la ressentir, faisons-en une responsabilité : la cultiver, quand on le peut, et offrir aux autres l’énergie que nous en retirons.

Parce que la soirée du 8 octobre a été une immense joie pour les personnes présentes et pour moi, je la partage avec vous, via quelques déclics qui pourront résonner pour vous (tout en bas de cette lettre).

Je vous encourage aussi à écouter l’échange que nous avons eu ce soir-là avec Yohann Hebi Daher, le danseur qui nous guidait. Avec Yohann, nous avons parlé du corps qui parle avant le verbe, de son rapport à l’erreur, de ce que veut dire « faire corps » dans une équipe, et pourquoi cela passe d’abord par l’écoute de soi, et de la manière dont il casse les catégories pour ramener chacun à son humanité, avant son rôle ou sa condition. Cette soirée a été enregistrée, et nous vous proposons l’échange dans son intégralité cette fois-ci, questions du public comprises. Vraiment, il faut écouter cet épisode : vous verrez qu’il y a bien plus de fils à tirer qu’on ne le croit entre des mondes qui n’ont a priori rien à voir.

Photo par Gabrielle Predko

En avant !

Sandra

Dernière chose avant de vous laisser :

Je prépare le calendrier RELIER 2027, et j’aimerais parler avec des personnes qui ont envisagé de rejoindre le programme sans (encore) franchir le pas, quelle que soit la raison : financière, horaires, logistique, pas sûr·e d’être concerné·e… Si vous avez 15 minutes à m’accorder, je serais ravie de vous entendre. Répondez simplement à cet email ou ​prenez rdv directement​.


Lettre RELIER initialement prévue.

Objet : Culotté

Ce que j’ai appris de la soirée RELIER mêlant danse & leadership

Le 8 octobre, nous avons vécu la première soirée RELIER « en vrai » : un studio de danse, un groupe où presque personne ne se connaissait a priori, un danseur pro pour nous guider, et une question à explorer ensemble « qu’est-ce que le mouvement, le corps, ont à nous apprendre qui nous éclaire sur notre posture au travail ? ».

J’en ai tiré quelques apprentissages, que j’ai eu envie de partager sous forme de liste – je casse mes codes d’écriture habituels, pour une soirée qui en a cassé pas mal, des codes.

Raconter un moment que peu d’entre vous ont vécu est un exercice périlleux, mais je m’y risque quand même.

Et je démarre par l’ego, pour ouvrir très vite l’entonnoir et vous inclure : à titre personnel, cette soirée a été un rêve. Je croyais que j’étais allergique à l’organisation d’événements, que l’expérience me débordait. Faux.

Première leçon : ne pas trop croire ce que l’on imagine savoir sur soi et ses limites. (ça je vous en parle souvent).

Et une leçon jumelle, s’entourer de personnes enthousiastes, compétentes, engagées qui rendent les choses fluides et légères. Des personnes qui excellent à ce qui vous rebute ou effraie. C’est comme ça qu’une montagne (dans l’anticipation) devient un rêve (dans le vécu), et qu’on peut envisager d’autres montagnes. Qui vous aide à transformer vos montagnes en rêves vécus ?

(Immense merci à Sarah, Yohann, Laura, Marion, Ai Loan, Sébastien, Gabrielle, Cindy, Nelly).

Deuxième leçon : mon normal est le culotté des autres. Le « couillu », même. C’est ce que m’a dit une participante – « c’est couillu ce que tu as fait ce soir ! » - à mon plus grand étonnement. Je savais la proposition engageante (danser devant des inconnus, avec un danseur pro, puis échanger sur ce que ça remue…). Certaines personnes me l’avaient dit, pour expliquer qu’elles ne viendraient pas, d’autres me l’ont avoué après la soirée (« je ne savais vraiment pas dans quoi je mettais les pieds »). Je n’avais pas mesuré à quel point tout cela, qui me semblait le summum du kif, pouvait autant déranger. Ce qui m’est évident – que le corps a beaucoup à nous enseigner de notre posture au travail, que le mouvement nous en apprend souvent plus sur nos limites et nos croyances que les meilleurs cercles de Codev – ne l’est pas. Ce sont des choses que j’ai apprises, que j’ai observées, parce que j’aime danser, mais elles n’ont rien d’une vérité. Pour certaines personnes, le culotté du 8 octobre est devenu inspirant. Pour d’autres, ça reste perché, ou pas pertinent. Soit. Et vous, quel est votre « normal » que d’autres trouveraient « culotté » ? Que se passerait-il si vous osiez le mettre en avant, au lieu de le garder pour vous ?

Troisième leçon : il y a toujours quelqu’un qui observe, et qui, en vous voyant faire, se dit qu’il peut faire aussi. Autrement dit : en faisant, vous autorisez les autres à faire. J’ai croisé beaucoup de personnes dont l’audace m’a donné des ailes. Humblement, je crois que cette soirée a joué ce rôle-là pour un certain nombre de participantes. Ne sous-estimez pas à quel point votre manière d’être et de faire permet aux autres d’être et de faire, à leur manière. On a besoin de la singularité de chacune et chacun. Qui vous regarde - et qu’est-ce qu’ils osent grâce à vous ?

Quatrième leçon : on a besoin de joie et de créer les occasions de la ressentir. Plusieurs fois, en organisant la soirée, je me suis dit : « Pourquoi proposer ça alors que le monde est dans un si sale état ? C’est un peu indécent. Un peu superficiel. » Oui, ce genre de moment arrive haut dans la pyramide de Maslow. Et il en touche aussi les fondements. Je constate à quel point on a besoin, plus que jamais, de cultiver des espaces de joie. Elle est contagieuse, nous rend plus lucides et nous remplit d’énergie pour agir. Vous la trouvez où votre joie en ce moment ?


Dernière leçon, et pas la moindre : la confiance reçue, quand elle est honorée, permet de grandes et belles choses. Merci à celles et ceux qui me l’ont accordée ce soir-là.


Le corps sait avant le verbe,
avec Yohann Hebi Daher

« Le corps parle avant le verbe. »

C’est une des phrases de Yohann Hebi Daher, et elle dit beaucoup de ce qu’il est venu partager.

Cet ​épisode​ est particulier : il a été enregistré en public, lors de la toute première soirée RELIER, dans le studio de danse SWELL à Paris. Avant d’interviewer Yohann, nous avons tous dansé ensemble, puis nous avons parlé de ce que ce mouvement nous apprend sur notre façon de travailler, de diriger et d’être en lien.

Yohann est danseur et chorégraphe. Arrivé du Liban enfant, il découvre la danse en France par le hip-hop, puis s’affranchit des étiquettes pour hybrider les styles. Depuis, il fait danser des publics pour qui ce n’est pas une évidence : collégiens, personnes en situation de handicap, détenus, celles et ceux qui n’auraient jamais pensé que la danse était pour eux. Ce qui l’anime, c’est la rencontre, par-delà les cases dans lesquelles on range les gens.

Son métier semble loin du nôtre, et pourtant il parle à tout manager qui cherche à faire travailler ensemble des personnes différentes, à créer de la confiance et à composer avec l’imprévu. Il est convaincu que le corps dit des choses que les mots ne disent pas, et que la danse est un moyen de se relier à soi et aux autres.

Avec Yohann, nous explorons :

👉 Pourquoi le fond doit précéder la forme, quand on veut créer quelque chose de solide et durable à plusieurs, en équipe

👉 Son rapport à l’erreur, qu’il ne voit pas comme une faute mais comme un chemin qui apprend toujours quelque chose, une idée précieuse pour toute équipe

👉 Ce que veut dire « faire corps », et pourquoi la capacité à être disponible pour l’autre commence par l’écoute de soi

👉 Comment il casse les catégories pour ramener chacun à son humanité, l’exemple des ateliers qu’il mène en prison à l’appui

👉 Comment il embarque des personnes qui n’ont pas choisi d’être là, et les amène à danser sans même s’en rendre compte

👉 Ce que la danse nous apprend sur la singularité, le respect et la façon de composer ensemble

Si vous cherchez à faire travailler ensemble des personnes très différentes, sans gommer ce que chacune a d’unique, cet épisode est pour vous.

Cet échange a été enregistré dans le cadre de RELIER, l’espace pour les managers qui veulent travailler mieux et vivre bien.

  • Vous découvrez dans le podcast l’échange avec Yohann et - en exclusivité - la partie “questions” habituellement réservée aux membres de RELIER

  • Le vendredi 23 octobre de 11h à 12h30 se tiendra un atelier pratique pour ancrer tout ça dans vos réalités de manager

Envie de vivre l’atelier avec nous la prochaine fois ? Rejoignez RELIER ➡️ ​https://www.conscious-cultures.com/accompagnement-leadership-durable-manager-relier​

Exceptionnellement, vous avez accès dans cet épisode à l’ensemble de notre échange, questions du public comprises. Vous pouvez vous aussi faire partie du public, dès le mois prochain, en rejoignant RELIER.

PS : il n’y a pas d’erreur… mais il y a eu un bug de micro en fin d’interview :) ne soyez pas surpris.e si vous constatez une différence dans le son en fin d’épisode, il ne devrait pas vous empêcher de profiter de ce que partage Yohann !

Suivant
Suivant

Tous des imposteurs