À chacun son corset

📸 Peter Law pour Unsplash

Chères lectrices, chers lecteurs,

Sur les conseils d’amis et à la lecture de nombreuses critiques dithyrambiques, nous sommes allés voir Le Corset pendant notre semaine de vacances en famille.

C’est un très beau film, à de nombreux niveaux, et une semaine après l’avoir vu, il m’en reste des souvenirs à l’image des aquarelles qui le composent – des impressions, des sensations, des musiques (l’orgue ! Stéphanie de Monaco !). Comme les souvenirs d’enfance, à la fois très forts et très dilués.

Si le film m’a autant touchée, c’est aussi parce que je m’y suis reconnue : j’ai aussi porté un corset pour soigner ma scoliose pendant la majeure partie de mon adolescence et début d’âge adulte. Beaucoup des scènes du film ressemblent à des scènes de mon adolescence (la mentonnière et les chutes et déséquilibres spectaculaires en moins). J’aurais pu y ajouter le coup de fil de mon meilleur ami le soir où j’ai eu mon premier corset, qui avait bravé l’épreuve du téléphone fixe familial pour prendre de mes nouvelles (vous vous souvenez de ça ? Il en fallait du courage pour téléphoner !), les séances de kiné (la kiné Mézières, la kiné de bourrin, la chaise romaine, exercice de musculation du dos aussi difficile que son nom barbare le laisse entendre) et le rendez-vous avec l’infirmière du lycée qui s’inquiétait de savoir comment je vivais mon « handicap » (que je n’ai jamais vécu comme tel) en m’offrant une pâte de fruits. Mon corset avait un prénom, bien utile pour l’engueuler quand j’en avais trop marre de porter des gros pulls larges pour le dissimuler. A l’époque, je rêvais d’être styliste et de créer une marque de vêtements pour adolescents portant un corset. Une niche, certes… mais il est fort possible que mon envie d’entreprendre soit née de cette époque – à défaut d’avoir une colonne vertébrale bien droite, j’avais l’envie de résoudre des problèmes que je rencontrais, et de remettre droites des choses qui me semblaient ne pas tourner rond.

Quel rapport avec ce qui nous réunit ici ? Un constat, que je fais quasiment à chaque fois que j’anime un atelier en groupe : les détails les plus singuliers, personnels, voire intimes de nos vies, sont aussi paradoxalement les plus universellement partagés. Ce qui nous lie, c’est généralement ce que nous essayons de cacher, de dissimuler, de mettre de côté parce que ça ne rentre pas dans la photo (oh la scène de la photo de classe dans Le Corset !). Ce qui nous semble inavouable. Je ne compte pas le nombre de fois, dans les ateliers que j’ai animés, où quelqu’un a timidement levé la main pour exprimer un avis ou vécu qu’il ou elle pensait différent, divergent, pour se rendre compte qu’il était largement partagé.

C’est peut-être, en partie, ce qui explique qu’un film sur un jeune adolescent des années 80, fils de paysans dans la Beauce du début de l’industrialisation de l’agriculture, portant un corset et apprenant à jouer de l’orgue, puisse toucher autant de personnes différentes (et mettre tous les médias d’accord). Derrière tous ces détails singuliers qui racontent l’histoire de Christophe, il y a surtout l’expérience humaine partagée du sentiment de différence, de la maladresse (‘awkwardness’ est le mot plus précis qui me vient), des émotions qui nous traversent (les émotions de Christophe ! et celles de son père !), de la perte, des efforts non récompensés, de la découverte du sentiment amoureux, de la tendresse, de la joie. Ce qui nous lie le plus fondamentalement commence souvent par prendre l’apparence trompeuse d’une différence.

Je pourrais vous citer des études sur la sécurité psychologique, sur le bénéfice à écouter toutes les voix d’une équipe, y compris les plus minoritaires, sous-représentées. Mais aujourd’hui, j’ai juste envie de vous parler de ce que j’observe, et qui conforte tous ces chiffres et études : notre humanité pleine et entière est essentielle à la vitalité de nos environnements de travail. C’est parce que nous pouvons nous comporter en humains complets (avec des scolioses, des enfants, des avis différents, des expériences de vie qui nous cabossent autant qu’elles nous apprennent), que nos organisations de travail pourront rester des endroits où on a envie d’amener le meilleur de soi.

Écouter les voix qui se croient trop différentes pour échanger, c’est aussi ce qui nous occupera le 6 novembre avec Clara Delétraz. Clara dirige le studio créatif COLLISIONS, dont la mission est de créer du sens collectif en reliant les mondes qui se parlent peu.

Depuis deux ans, elle enquête sur la polarisation. Nous vivons dans des bulles de personnes qui pensent comme nous, et à force de ne fréquenter que ceux qui nous donnent raison, nous finissons par ne plus savoir parler à ceux qui pensent autrement. Avec elle, nous aborderons la question de la polarisation avec ce fil rouge ‘Comment se confronter sans s’affronter’. La polarisation est très visible dans la société, mais vous en apercevez sûrement les conséquences dans le contexte du travail aussi : une réunion où vous sentez que le sujet est miné, et où vous choisissez de ne rien dire. Ou celle où vous avez dit ce que vous pensiez, et la discussion a viré au bras de fer.

Rejoignez-nous le 6 novembre de 11h à 12h30 pour poser vos questions à Clara, puis le 20 novembre pour l’atelier de mise en pratique dans vos réalités managériales du quotidien.

Apprendre à se parler par-delà nos différences, et oser dire ce que l’on tait de peur d’être seul·e à le penser, c’est un peu la même chose : ce qui fait tenir les équipes, et tout le reste aussi.

A vendredi j’espère,

Sandra

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Dernière chose importante avant de vous laisser :

Je prépare le calendrier RELIER 2027, et j’aimerais parler avec des personnes qui ont envisagé de rejoindre le programme sans (encore) franchir le pas, quelle que soit la raison : financière, horaires, logistique, vous ne savez pas comment en parler à votre entreprise pour qu’elle finance votre participation… Si vous avez 15 minutes à m’accorder, je serais heureuse de vous entendre. Vous pouvez prendre rdv directement, ou m’écrire en réponse à cet email.


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