Tous des imposteurs

Avec Nicholas Palmquist

Chères lectrices, chers lecteurs,

J’interviens très régulièrement en ateliers et coachings sur le sujet du « syndrome de l’imposteur » et j’en ai assez.

Pas d’intervenir sur le sujet, ça j’adore.

Mais assez que l’on continue d’employer ce terme, machinalement, sans le questionner, et bien trop souvent en le présentant comme un sujet typiquement féminin.

La semaine dernière, j'ai passé du temps en stage de danse, entourée de danseurs profs ou pros - là où je ne danse plus qu'un cours par semaine (sans compter mes chorégraphies dans la cuisine). J'étais aussi parmi les plus âgées (« you seem like such a cool mom », ai-je entendu… ouch. C'est vrai qu'on avait 20 ans d'écart...).

J'ai été inspirée par leur talent, leur créativité, leur humilité. Et surprise, aussi, par le sentiment d'imposture qu'ils partageaient presque tous.

Notre prof, Nicholas Palmquist, un danseur dont j’admire l’art depuis des années, a fait tout ce qu’il fallait pour que ce sentiment ne prenne pas le dessus : tout le monde avait sa place dans le studio. Il l’a dit et redit et a agi en cohérence (et j’ai pris des notes sur la manière qu’il avait de créer un espace accueillant et révélateur du talent et singularité de chacun – relier, toujours).

Malgré tout ce sentiment d’imposture revenait dans beaucoup de discussions :

"Je n'ai pas assez de technique"

"Moi, pro ? je ne sais pas si je peux me qualifier de pro"

"Artiste, moi ? Non, je suis juste interprète."

Peut-être des questions très loin de votre quotidien, mais en réalité pas tant que ça. Remplacez technique par expérience, « artiste » par le secteur de votre choix, et vous retrouverez des questions familières.

Des questions que j’entends chez toutes les personnes que j’accompagne, qui doutent parfois, ou souvent. Toutes les personnes, femmes et hommes, de tous niveaux d’expérience et ancienneté. Des questions que j’entends dans mes propres pensées parfois aussi.

Vous avez vu ce que j’ai fait dans les phrases juste au-dessus ?

J’ai parlé de sentiment d’imposture, pas de syndrome de l’imposteur.

Ça change quoi quand vous remplacez l’un par l’autre ?

Dans mon expérience, il y a un soulagement presque physique. Un syndrome, c’est généralement une mauvaise nouvelle, chronique qui plus est. Un sentiment, ça s’observe, ça se met à distance, ça se transforme, et surtout, c’est temporaire.

Il y a quelques années, j’avais lu un texte de Seth Godin qui disait en somme « nous sommes tous des imposteurs » : de fait, quand nous nous lançons dans quelque chose de nouveau, on « se fait passer pour quelqu’un d’autre ». Quelqu’un qui a plus d’expérience, qui peut prétendre porter un autre titre, qui est à l’aise (alors que non).

La vraie question n'est pas « comment me débarrasser de mon syndrome de l'imposteur ». Ce sentiment, quand il est passager, est plutôt bon signe : l'indicateur qu'on se lance, qu'on tente quelque chose de neuf.

La question plus utile, me semble-t-il, est « comment faire en sorte que mes doutes – légitimes – ne m’empêchent pas d’avancer ? ». Que j'écoute ce qui doit être écouté, et que je puisse mettre de côté ce qui n'est que bruit mental. Parce que nous sommes tous concernés : des études estiment que 70% des humains connaissent l’expérience du sentiment d’imposture, à un moment ou un autre. Hommes comme femmes… les hommes ont juste traditionnellement moins d’espaces pour en parler, alors que l’on colle l’étiquette aux femmes comme si elle allait de soi.

Une de mes missions est celle-là : contribuer à créer des environnements de travail où le doute sain est valorisé. Pas seulement toléré (ou pire, traité comme une anomalie à corriger).

Il vous disait quoi votre dernier sentiment d’imposture ? Posez-vous la question, et posez-la autour de vous. Vous serez surpris·e des réponses.

En avant !

Sandra


World With Women : une journée pour transformer le monde

Vous l'avez compris en me lisant : la place des femmes, là où se prennent les décisions, est un sujet qui me tient à cœur. Alors je veux vous parler d'un mouvement que je soutiens, World With Women.

Leur point de départ est un chiffre qui donne le vertige : au rythme actuel, il faudra encore 134 ans pour atteindre l'égalité économique entre femmes et hommes. Leur conviction, que je partage : aucun futur désirable ne se construit sans la pleine participation des femmes. Et la mixité n'est pas une option, c'est la condition pour répondre aux crises de notre époque.

Leur source d'inspiration ? L'Islande de 1975, où 90 % des femmes ont cessé le travail - au bureau comme à la maison - une journée entière. Le pays est depuis l'un des plus égalitaires, et des plus heureux, au monde.

Le 13 octobre 2026, World With Women appelle les femmes qui le peuvent à suspendre leurs activités, professionnelles et privées, pour une mobilisation joyeuse et positive. Si les femmes s'arrêtent, le monde s'arrête. Si les femmes s'unissent, le monde se transforme.

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